Petite histoire de transmission

Le mouvement de la transmission...

Yvan et Béatrice Frescaline sont agriculteurs depuis 1979. Située au hameau de Clayrac, à la frontière entre Causse et Limargue, leur ferme domine la petite commune de Bio. Elle est constituée d’une cinquantaine d’hectares de terres labourables, pâturages et bois.

Initialement spécialisés dans l’élevage ovin, ils n’ont eu de cesse de réduire leur cheptel afin de limiter les risques sanitaires du troupeau. En 2008 ils font le pas de convertir la ferme en bio et décident de largement diversifier leurs productions afin de trouver un plus grand équilibre agro-écologique et consacrer plus de terres à la production de cultures vivrières. Céréales diversifiées, légumes secs, noix, châtaignes et maraîchage cohabitent maintenant avec les 180 brebis.

En 2019 Béatrice et Yvan ont pris leur retraite (bien méritée!) et transmis leur ferme avec l’envie qu’elle continue son aventure paysanne et biologique. Cela faisait un petit bout de temps que pour Charlotte, Clément et Adrien, l’envie de devenir paysans grandissait dans les sacs à dos de globe trotters. La reprise de cette ferme en 2019 a été l’occasion de se retrouver entre amis pour travailler en collectif et concrétiser nos projets de vie, de pérenniser les productions actuelles tout en développant de nouveaux ateliers…! Clément a mis en place l’atelier pain, Charlotte le maraîchage et Adrien a repris le troupeau de brebis allaitantes.

En 2020 a commencé à sortir de terre un nouveau batiment (fournil, meunerie, stockage et tri des céréales, salle farine, chambres froide et chaude pour les légumes, atelier outil et mécanique,…). Beaucoup d’autoconstruction, beaucoup de d’acquisition de savoirs faire, beaucoup de sueur et depuis 2023 nous en profitons avec joie et confort !

2022- 23 ont été aussi des années de changements : David et Magalie sont arrivés sur la ferme pour rejoindre la partie végétale (maraîchage et amener un pépinière fruitière de variétés anciennes et diversifiées), Adrien est parti se réinstaller dans les montagnes (très hautes montagnes !) et Hélène est arrivée pour reprendre avec Charlotte le troupeau de brebis et amener de nouveaux projets (on avait peur de s’ennuyer !) : transformation du troupeau allaitant en laitier avec production de fromage… mais avant de faire du fromage, il faut faire une fromagerie, un quai de traite, reprendre un peu la bergerie existante…voilà, on vient de finir un bâtiment, on commence les plans pour le prochain …

Pour connaitre les dernières avancées du projet: Nouvelles de la ferme

Graines de paysans

Bientôt on vous présente les nouveaux : Magalie la pépiniériste, Hélène la bergère et David le maraîcher … en attendant voici encore Charlotte et Clément …

Charlotte: la polyvalence et l’autonomie avant tout

Des champs de maïs poitevins aux collines lotoises, il n’y a qu’un pas…mais des milliers de chemins que Charlotte a (presque) tous parcourus. Après un passage par l’école d’ingénieur agronome, elle s’en va par mont et par vaux, des Alpes Hautes Provence aux Pyrénées en passant par la Colombie, glâner des savoirs et partager des histoires. Fille de paysans, elle chérie plus que tout l’autonomie: faire soi-même, de la confiture à la vannerie et au macramé, du filage de la laine à la construction en paille. L’indépendance, oui, mais pas la solitude! Très vite Charlotte rêve de s’installer sur une ferme collective. Dès son arrivée à Bio, c’est l’emballement, car ici tout ce dont une touche-à-tout comme elle peut rêver: des champs, des brebis, un potager, des vergers. Cerise sur le gâteau, elle vient d’effectuer un stage sur la transmission agricole, qui lui a donné de précieuses clés afin d’aborder sereinement la reprise de la ferme de Clayrac. Ici, elle aimerait monter un atelier de transformation et implanter un petit verger diversifié…tout en participant au maraîchage, à la boulange et à l’élevage, selon les besoins du groupe. Qui à dit qu’être paysanne c’était monotone?

Clément: l’agriculture jusqu’au bout des doigts

Clément n’est pas du genre à mettre la charrue avant les bœufs. Et quand il se fixe un objectif, rien ne le fait dévier de son sillon. Du lycée agricole, à une école d’ingénieur agro, en passant par un IUT en agronomie, il moissonne des savoir partout où il peut. En parallèle, il roule sa bosse aux quatre coins de nos campagnes. Ici il castre du maïs, là il suit un troupeau de chèvre, ailleurs il travaille en maraîchage. Mais peu à peu, après une profonde rencontre en Géorgie, une idée fixe germe dans sa tête fertile: devenir paysan-boulanger. Au croisement entre le vivant et la matière. Du grain au pain, auprès d’agriculteurs ou dans sa petite cuisine, il tambouille, bidouille, se débrouille. Ainsi, quand il apprend que des amis paysans cherchent à transmettre une ferme dans le Lot, avec des champs de céréales, un moulin, un four, il est prêt. Ni une ni deux, il quitte son Pic Saint Loup natal pour venir s’installer à Bio. Là, il espère continuer les céréales et légumineuses, et valoriser la farine en pain. Avec lui, aucun doute, le meunier ne s’endormira pas de si tôt!

(Textes écrits par Lorène Lavocat)